Financement

L’OBJECTIF

Le Kenya, la Tanzanie, le Mozambique et Madagascar sont parmi les pays les moins développés du monde et les plus vulnérables aux effets des turbulences géopolitiques et des changements environnementaux. Ils sont également au centre de l’exploitation des ressources mondiales: les découvertes majeures de pétrole et de gaz off-shore encouragent l’investissement international, tout comme le développement de super ports pour faciliter le commerce maritime. Tandis que la construction portuaire et l’exploration offshore pour les gisements pétroliers et gaziers bénéficient économiquement à l’Afrique de l’Est, ces développements, ainsi que des activités telles que le câblage sous-marin, le dragage, la pose de pipelines et l’exploitation minière sous-marine menacent la richesse du patrimoine culturel marin (MCH) côtier et submergé de la région – ce dernier étant déjà menacé par l’élévation du niveau de la mer. En outre, alors que les pays donateurs et les investisseurs profitent de ces développements, il est moins évident que les bénéfices qui en découlent profitent aux communautés locales, en particulier les plus menacées. Les communautés situées sur le littoral de la région sont déjà confrontées à des problèmes causés par l’érosion côtière, la raréfaction des ressources halieutiques et les pratiques de pêche non durables: les aménagements infrastructurels peuvent aggraver ces problèmes en augmentant l’érosion côtière des terres et en forçant les populations à se déplacer. Le rythme rapide de ce changement risque d’exposer les communautés du littoral déjà vulnérables à de plus grands risques d’exploitation (par exemple des bas salaires à l’esclavage moderne) et d’insécurité (climat, nourriture, abri, terres).

Les accords de développement tiennent rarement compte du patrimoine culturel même si l’accès à celui-ci est considéré comme un droit humain fondamental. L’impact potentiel du patrimoine culturel pour promouvoir des sociétés durables et résilientes est de plus en plus reconnu mondialement. Le rôle que le patrimoine culturel marin (MCH en anglais) pourrait jouer dans le succès de l’aide au développement (et le succès des organisations privées de développement) – en particulier en ce qui concerne les infrastructures côtières et les projets offshore-  n’a pas encore été rempli et les recherches dans ce domaine manquent.

Les changements climatiques et environnementaux provoqués par l’augmentation des tempêtes ainsi que l’élévation du niveau de la mer ont également des conséquences dramatiques sur les sites côtiers et maritimes en Afrique de l’Est, tandis que les projets de protection et les stratégies d’adaptation aggravent ces problèmes en raison d’un manque de données historiques de référence. Dans un contexte plus large, le paysage géopolitique et économique n’augure rien de bon pour la protection et la mise en valeur futures des ressources côtières et maritimes.

Les pays bénéficiaires de l’APD (Aide Publique au Développement), tels que ceux d’Afrique de l’Est, n’ont pas la capacité de mettre correctement l’accent sur la contribution au développement qui peut être faite par la protection et la promotion des droits culturels. Ces questions – l’importance du patrimoine pour le développement culturel et économique et le besoin de renforcement des moyens mis à disposition – sont particulièrement pertinentes dans le contexte du patrimoine culturel marin (MCH) de l’Afrique de l’Est.

Le principal argument du réseau Rising from the Depths est que le patrimoine culturel marin a un rôle important mais jusqu’ici totalement méconnu à jouer dans la durabilité à long terme et, finalement, dans le succès du développement côtier et marin. Nous souhaitons communiquer l’importance de patrimoine culturel marin (MCH) par une approche « ascendante/descendante », c’est-à-dire en partant de la base en travaillant directement avec les groupes locaux pour effectuer un changement au niveau communautaire tout en s’engageant au niveau national et international en considérant les lois de développement et les politiques en cours.

Nous voulons financer des projets qui combleront les lacunes actuelles qui limitent la contribution du patrimoine culturel marin à une croissance culturellement et économiquement durable en Afrique de l’Est, en générant des impacts sur les trois principaux groupes de parties prenantes: communautés locales, industrie et politiques. Les projets doivent impliquer et inclure les parties prenantes d’un ou plusieurs de ces trois domaines: communauté, politique et industrie.

Le diagramme ci-dessus illustre comment les trois groupes de parties prenantes peuvent être liés par le patrimoine culturel marin (Marine Cultural Heritage en anglais). Le patrimoine utilisant la mer comme un connecteur peut réunir toute une gamme d’approches. Des activités telles qu’un travail de conservation, un travail de développement d’infrastructures, des initiatives de pêche durable, la tradition juridique,  peuvent être liées et contextualisées par le patrimoine – ce sont des activités mises en œuvre par les communautés et le patrimoine qui peuvent éclairer cette pratique.

COMMUNAUTÉ

Engagement: les communautés locales à travers l’Afrique de l’Est luttent pour conserver leur identités communautaires et culturelles alors que la société subit des changements rapides liés à la mondialisation, au développement et aux inégalités. Ces changements contribuent à leur manque de poids dans les décisions économiques et culturelles importantes qui affectent leur vie et sapent souvent la durabilité intrinsèque de ces groupes. Le patrimoine culturel joue un rôle essentiel pour remédier à cette situation, en aidant les individus et les communautés à transmettre des identités et des valeurs, à favoriser l’inclusion sociale et le sentiment d’appartenance.

Éducation: les projets doivent promouvoir l’accès gratuit et permanent à l’éducation. Tous les projets financés par le réseau contribueront au contenu de la plateforme UCH Usable Past Platform dans le but de promouvoir une meilleure compréhension du patrimoine culturel marin (MCH) pour mieux orienter l’avenir.

Compétences, récits et musées: c’est une chose de reconnaître que l’accès au patrimoine culturel est un droit, mais être en mesure d’exercer ce droit est un autre problème et nous sommes pleinement conscients qu’il existe des obstacles sociaux et économiques complexes avec le patrimoine. Nous sommes intéressés par des projets qui se penchent sur les méthodes locales d’engagement et de narration pour atteindre les communautés qui jusqu’ici ont eu peu d’occasions de s’investir dans  leur patrimoine.

POLITIQUE

Stratégies d’aide et de gestion: le patrimoine culturel marin (Marine Cultural Heritage) ne fait actuellement pas partie du paysage des politiques de développement international, national ou local, ce qui entraîne une dégradation de l’environnement et un potentiel économique peu mis en valeur. Les politiques d’aide au développement et d’investissement, ainsi que les approches de gestion du patrimoine culturel et des zones côtières, doivent éviter les violations des droits économiques, sociaux et culturels des communautés vulnérables si elles souhaitent réussir dans leurs projets. Les projets d’aide au développement doivent être intégrés et cohérents avec l’histoire passée et présente des communautés locales sur lesquelles ils ont un impact. Ils doivent aussi comprendre les besoins, les attentes et les défis de tous les groupes (y compris les groupes minoritaires). Dans les aménagements côtiers, la sensibilisation au patrimoine culturel marin peut jouer un rôle important dans les questions liées à l’identité et au sentiment d’appartenance, tout en fournissant des données utiles sur la manière de mieux prévenir et gérer les risques environnementaux.

Protection du patrimoine: le réseau examinera l’efficacité des politiques nationales et internationales qui concernent le patrimoine dans chaque pays pour protéger le patrimoine culturel marin (MCH). Par exemple, le projet soutient le développement durable et la préservation des sites maritimes conformément à la Convention de l’UNESCO sur la protection du patrimoine culturel subaquatique (2001) reliant directement les sites submergés à la ressource terrestre côtière. En adoptant cette vision plus globale du patrimoine culturel marin (MCH) (côtier et submergé), nous souhaitons souligner le potentiel économique de la ressource et encourager le Kenya, la Tanzanie et le Mozambique à suivre Madagascar et à ratifier la Convention.

INDUSTRIE

Offshore: développer les fonds marins de manière à faciliter la recherche du patrimoine culturel marin (en particulier les paysages submergés) dépend de la collaboration entre le monde académique et l’industrie, où le patrimoine culturel marin (MCH) est considéré comme un atout pour le développement et l’identité nationale plutôt qu’un obstacle. Bien que les industries marines soient réglementées dans le cadre national et international, les sites culturels ont besoin d’être mieux suivis, documentés et améliorés par les acteurs locaux. En utilisant les technologies de pointe utilisées par l’industrie marine offshore, il existe un réel potentiel non seulement pour développer la capacité professionnelle du patrimoine culturel marin (MCH) dans les pays d’Afrique de l’Est, mais aussi pour qu’ils deviennent des leaders mondiaux dans ce domaine. Des informations sur le fragile patrimoine des fonds marins sont également nécessaires pour la planification d’autres activités marines telles que le câblage, le dragage, la pisciculture, l’extraction de gravier, la pose de pipelines et la construction de plates-formes d’énergie renouvelable.

Archéologie professionnelle: À mesure que le développement augmente en Afrique de l’Est, les professionnels de l’archéologie et du patrimoine ont de plus en plus besoin d’une industrie florissante de consultation qui commence actuellement à se développer dans la région.

Industrie de la pêche: les pratiques de pêche deviennent non durables, trouver de nouvelles sources de revenus pour les communautés côtières est une priorité émergente.

Tourisme culturel : Le tourisme est l’un des principaux moteurs du commerce mondial et un outil majeur de réduction de la pauvreté. En tant que secteur nécessitant une main d’œuvre abondante, il a un impact positif sur les groupes à faible revenu et défavorisés qui constituent un élément crucial de la chaîne d’approvisionnement touristique et représente une part importante du PIB des États d’Afrique de l’Est. Cependant, à ce jour, le tourisme côtier de ces pays a été entièrement basé sur des ressources naturelles telles que la faune et les récifs coralliens: le patrimoine culturel marin (MCH) en tant que ressource a été sous-développé et sous-estimé.